Le Nocturne en si bémol mineur Op. 9 No 1 de Chopin, quand tu l'entends comme ça, ça a l'air facile à jouer.
Et puis tu télécharges la partition (gratos sur internet, c'est une bonne nouvelle). Et puis tu remarques cinq bémols à la clé. Et puis tu remarques des choses bizarres, comme, au début, ces 22 notes qu'il faut jouer, main droite, en même temps que les 12 croches main gauche (soit 11 pour 6, vas-y cherche les multiples et on en reparle) :
Et vers la fin, pas mieux, ces 20 notes pour 6 croches, juste après trois triolets :
(c'est pas Nekkonezumi qui me dira le contraire, si ?)
(sans compter qu'en plus du rythme, y a des notes qu'il faut pas tomber à côté, avec du bémol, du bémol qui devient bécarre, du bécarre qui n'a jamais été bémol mais que tu bémolises quand même, pas sûr de toi... sacré gymnastique dans ta tête, mine de rien, mieux que Tetris pour les débutants)
Alors certes, t'as compris le principe (surtout ne pas chercher à faire des "espacements" entre les notes qui soient égaux, puisque tout le morceau se joue sur un tempo en fait variable), et même si tu maintenant tu maîtrises plutôt bien cet enchaînement...
... même si tu maîtrises cet enchaînement, donc, y a quand même des matins où tout te résiste et où tu as envie de tout casser.
Ghost in the Music
vendredi 30 octobre 2009
Piano Hero
Posté par Sébi | vendredi 30 octobre 2009
jeudi 12 mars 2009
Surkin en vingt secondes (2/2)
Posté par Sébi | jeudi 12 mars 2009
(Pour mieux comprendre ce billet, nous recommandons à nos lecteurs d'en lire le début)
D'ailleurs, à ce propos, tu te souviens que tu "souffres" de suraudition, et donc comme les fois où tu joues dans la batucada, tu as prévu les bouchons pour les oreilles. Ça, tu te dis que si les jeunes gens autour de toi te repèrent avec ces machins jaunes dans les oreilles, tu vas avoir l'air bien ringard. Mais après tout, ils n'hésitent pas à porter des lunettes noires alors qu'il fait déjà pas clair. Tu peux bien porter des bouchons quand il y a trop de bruit, non ? Et puis mieux vaut avoir l'air con pendant deux heures que subir des acouphènes pendant une semaine, à te demander si c'est pas définitif pour toute ta vie qui reste (parce que tu te rappelles que tu es aussi hypocondriaque). Et d'abord t'es pas là pour draguer, alors zou, ménage tes oreilles. Quoi, qu'est-ce que tu dis ?! Rien, laisse tomber.
Bientôt trois heures du mat', dans la cabine, le Surkin a pris place à côté de son prédécesseur (tu crois comprendre que le prédécesseur est en fait plusieurs, il doit s'agir d'Aeroplane), déjà il pianote sur son MacBook et trafique en même temps sa console Evolution, celle que t'as vue à travers le monde sur Youtube et qui pourtant ne figurera jamais dans la collection Saint-Laurent/Bergé. Aeroplane décolle passe le relais, Surkin démarre, la foule jubile (tu soupçonnes que dedans il y a des anciens camarades de classe à lui).
(photo © Guyôm)
Au-dessus de la cage-cabine, un espèce de compteur digital rouge affiche des chiffres bizarres qui changent tout le temps. Dans ta tête tu penses d'abord qu'il s'agit d'un thermomètre, mais ça affiche des nombres entre 105 et 125, si c'est du Farenheit quel intérêt, et puis Guyôm te dit avec un clin d'œil qu'il s'agit des décibels. "Et 120 ça fait beaucoup ?" tu demandes. "Eh ben au-dessus de 100, ça craint", il te répond (bon là ça paraît pas mais en fait il te le hurle dans l'oreille). Ouais : t'as peut-être l'air con avec tes boules, mais mine de rien ça t'enlève 30 dB de la vue (façon de parler). La prochaine fois avant de venir tu te feras pousser les cheveux pour cacher tes oreilles. Et il en faut.
Surkin, il est pas très grand, mais une fois dans la cage, les adeptes tous tournés vers lui lui obéissent au doigt et à l'œil. Au moindre geste un peu cérémoniel, donné comme ça sans prétention, ça hurle plus fort, ça saute plus haut, ça lève les bras dans les stroboscopes et, note pour plus tard, pense à dire à DJ Lulu, du Grau-du-Roi, que quand t'as du talent c'est pas la peine de beugler sur les gens qui subissent déjà ta playlist à la con. Non, là, c'est autre chose, fils, c'est pas la dance des mamies, c'est pas le Technotronic de ta sœur. On est à des années-lumières des clichés que tu t'imagines quand l'autre prononce le mot "techno". À l'autre bout du spectre (même si tu as reconnu quelques secondes de S-Express, vers la fin du numéro).
Le garçon, tout propre sur lui que tu lui donnerais le bon dieu sans confession, bidouille non stop ses trucs et ses machins, danse un peu pendant quatre temps et demi, balance au milieu de "tubes" connus ses propres compositions (tu regrettes juste qu'il ne joue pas Ghetto Obsession), enlace sa copine, replonge dans sa bécane, s'allume une clope et se siffle un verre de ça, il fait son truc, touchant comme tout dans son apparente innocence juvénile, et t'envoie sans en avoir l'air du vraiment ardu dans la tronche.
Surkin, mon gars, et personne d'autre.
Sur les traces de Justice, Daft Punk, bientôt dans ta radio et dans ta télé, mais déjà dans le monde entier.
lundi 9 mars 2009
Surkin en vingt secondes (1/2)
Posté par Sébi | lundi 9 mars 2009
Pour aller en boîte samedi soir, pour la première fois depuis des années, tu as une bonne raison. T'y vas pas pour entendre YMCA, Alexandrie Alexandra et Born to be Alive, t'y vas pas pour entendre le DJ couper le son et gueuler dans son micro "levez les mains en l'air !", t'y vas pas pour draguer, t'y vas pas pour boire de l'alcool (enfin, quoique).
T'y vas parce que ce soir, l'établissement crée l'événement en invitant quatre musiciens du label Institubes. Ce soir, c'est de l'électro et rien que de l'électro, et ça, depuis tes virées dans les boîtes techno allemandes à l'été 1994, tu es fan, tellement fan que Led Zep à côté ça t'a jamais donné autant d'émotion[1].

"Le Privé" n'a pas changé depuis la dernière fois où tu y es allé, en octobre 1994, quand tu avais tout juste dix-huit ans et demi. La clientèle a toujours le même âge (entre seize et vingt), plus tout à fait le même look (la coupe de cheveux Bébés brunes a remplacé la coupe de cheveux Oasis) mais la même propension à se murger la gueule au point de s'endormir sur la cuvette des toilettes (tu diras rien, il t'est arrivé un truc similaire fin... 94, justement, encore).
Comme tu arrives tard, vers 1h du matin - t'as fait la sieste avant, entre 22h et 23h -, l'ambiance est déjà bien chaude. Une foule compacte danse, en bas sur la piste, autour de la cabine du DJ, sur les abord surélevés. Les enceintes te crachent le son à la face, pas facile d'avoir une discussion normale, mais tu comprends quand même que Guyôm va aller chercher à boire. Il te faut un certain temps d'adaptation pour que ton corps entre en phase avec le bass drum infra-bass qui te remue les boyaux à chaque pulsation. Devant une Desperado et une Heineken, Guyôm te raconte ensuite que lui, c'est pas les boîtes techno du Baden-Würtemberg qu'il a en souvenir, mais une nuit au Zénith de Paris avec les plus grands DJ du monde, genre Carl Cox, tout ça. Respect. C'est ça quand tu vis à la ville.
Au bout d'un moment, quand même, porté par les BOM BOM BOM BOM, tu finis par t'approcher de la piste, pour aller mieux profiter du spectacle et vérifier si dans le noir, comme l'affirme Guyôm, toutes les filles sont jolies.
En effet, elles le sont. Il y a là aussi, moins jolis, une bande de jeunes clones, le crâne ras, les biceps saillants et les T-shirts moulants. Une nana sur les abords, qui bouge beaucoup, mais pas du tout en rythme. Un mec qui porte des lunettes de soleil avec des lumières rouges qui clignotent sur la monture. Une p***asse blonde qui devrait comprendre un jour, plus tard, que sa teinture noire juste sur la frange coupée à ras des yeux, ça ne la flattait pas, finalement.
Ça frime bien, quoi. Bientôt, tu te fais la réflexion qu'à vingt ans, tous ces individus sont en fait plus proches de tes deux gamins que de toi-même. Et à un moment tu croises ton reflet dans un miroir, et d'un coup tu réalises horrifié que t'as bel et bien dépassé trente ans et qu'en plus, ça se voit.
Surkin, tu le croises au milieu de la foule, ne dénote pas avec la clientèle. À vingt-trois balais, le jeune prodige qui depuis une paire d'années exporte l'électro hexagonale dans le monde entier (vise un peu l'emploi du temps sur son Myspace) en paraît toujours seize. Il porte le T-shirt débraillé et les cheveux dans tous les sens. Il vient vous saluer poliment avec un sourire, vous les vieux les grands, avec un air à la fois timide et respectueux. Tu discuterais bien avec lui mais lui en a probablement rien à foutre de toi, tout Sébi que tu sois, et en plus il y a trop de bruit.
(à suivre)
Notes
[1] Ça va, t'excite pas, c'est juste de la provoc'.
dimanche 11 janvier 2009
Omaha Bitch
Posté par Sébi | dimanche 11 janvier 2009
Je savais bien qu'il existait de bonnes raisons de se remettre à la musique.
(Merci à Yael pour la découverte !)
jeudi 6 novembre 2008
Groovy night
Posté par Sébi | jeudi 6 novembre 2008
Et puis après avoir passé trois journées à faire le zombie dans l'immense hangar gelé, la tête et les habits imbibés d'un faux sang à base de sucre et de framboise et de colorant et qui ne sèche jamais, tu aspirais vaguement à aller boire un dernier verre "en ville" avec tes nouveaux amis geeks avant d'aller retrouver ton camarade Zoic.
Tu écoutais les quelques figurants encore présents discuter avec les réalisateurs, tu écoutais aussi tes courbatures et les heures de sommeil manquantes de ces derniers soirs, tu entendais qu'ailleurs dans le hangar jouaient les guitares, tu essayais de recoller les souvenirs avant de quitter la place, et puis soudain ton vieux copain de fac Robi, rippeur sur le film, a surgi dans ton dos et t'a proposé d'aller boire un coup dans les bureaux, où l'équipe fêtait le dernier jour de tournage de Jean-Pierre.
Te voilà bientôt avec deux verres de champagne dans le nez, à jeun, un peu euphorique, à deviser sur la vie avec le Robi puis avec des plein de gens, et à un moment Robi est parti et à un autre moment il est revenu, et il t'a balancé comme ça : "Gamin, tu joues toujours du piano ?".
Deux verres plus tôt, t'aurais dit non, parce qu'en vrai, tu joues plus vraiment, et dans ta tête tu crois que ça fait huit ans que t'as plus joué avec d'autres musiciens alors qu'en fait c'était en 1996 la dernière fois. Deux verres plus tôt, t'aurais dit non, et c'est pour ça que là au Robi tu lui as répondu : "Euh... ouais."
Tu te retrouves donc à l'autre bout du hangar, là où jouent les guitares sous les néons, il y a aussi un batteur déchaîné et un bassiste posé mais efficace, et un piano électrique, tout ça branché sur des amplis qui jouent bien leur rôle. Tu te greffes sur le morceau, en te disant putain mais quelle connerie je suis en train de faire, tu repères dans les brumes la tonalité, la grille, les gammes compatibles, et comme au bon vieux temps tu appuies là et là et aussi ici.
Passé le premier blues, tu t'excuses auprès des musiciens, j'ai un peu bu et j'ai pas joué depuis huit ans (mais en fait douze), donc un peu d'indulgence je vous prie, mais ils sont cools, nous aussi on est un peu saouls d'abord et pas des musiciens professionnels sinon je serais pas ingé son. Et vous repartez sur un autre truc, y a du mi, du ré ou du la, une rythmique enlevée, tu plaques des accords, blim, blam, du sixième, du neuvième, des quartes parce que t'as pas bien compris si c'était du majeur ou du mineur, tu trouves que ça soutient plutôt bien le reste, mais faut dire t'as fini aussi le verre de punch et ouvert une nouvelle bière.
Mais à un moment faut s'arrêter parce que c'est le moment de s'arrêter. Le bassiste te voit partir à regret, et toi aussi d'ailleurs tu pars à regret parce que dans la pièce attenante un gars est en train de monter son saxophone. Et l'équipe du film vient de quitter les bureaux pour aller écouter les musiciens. Avec le Robi vous vous dites que c'est vraiment trop con de partir maintenant que du public arrive ; vous restez.
Le saxophone, et aussi un harmoniciste sorti de nulle part, ont rejoint la troupe. Il y a aussi Aubin dans les parages, que tu sens bien qu'il a la guitare qui le démange lui aussi. Et Steve qui observe les musiciens, attentiste, et Doudou qui joue dans le film et chante le hip-hop à la ville. De retour au clavier, tu sens bien qu'un truc va se passer. Et ça loupe pas. Bientôt Steve se met à la batterie ; de son tabouret, il dirigera tout l'orchestre jusqu'à 1 heure du matin. Enchaînant sur un rythme hip-hop, il ouvre un boulevard rythmique à Doudou qui s'empare d'un micro. L'effervescence gagne les spectateurs, vous êtes partis assez doucement mais la tension s'accroît, au gré des accords martelés, des montées progressives vaguement chromatiques, des tambours hyper carrés, du cuivre agonisant, l'équipe du film danse autour des musiciens, ça saute partout dans la pièce, ça remue dans le décor post-indus, c'est la décadence, tiens Aubin aussi est en train de jouer maintenant, et Doudou scande dans le micro "JE SUIS LA HOOOOORDE", tout le monde reprend le refrain improvisé et tout à fait adapté, c'est la folie complète, t'as jamais vécu un truc pareil et le Robi aussi il jubile dans son coin et alors que tu cognes sur le clavier tu te dis que t'es trop heureux d'être là et que ça va finir, dans un moment forcément ça va finir.
Mais quand finalement ça finit et que déjà le groupe passe à autre chose, le public en redemande dans la même veine. Pas contrariants, vous vous exécutez volontiers, et c'est reparti pour cinq, dix, douze minutes peut-être du même acabit, rebelote avec le Doudou, le Steve, l'Aubin et les autres musiciens dont t'as finalement jamais connu les noms, sauf que le saxophoniste joue maintenant de la guitare et qu'il est au moins aussi bon là qu'avec son cuivre.
Quelque part au milieu de la nuit, la musique a dû finir par se taire, laisser le hangar désaffecté retrouver le silence de ses poteaux en béton, les gens retourner rire et causer près des bouteilles, des couples se former, des individus passer la nuit blanche, d'autres rentrer en taxi. Cette partie-là n'est peut-être même pas arrivée, tu ne veux même plus savoir ; au lieu d'imaginer le feu s'éteindre, tu fermes les yeux et tu te repasses en boucle les visages des gens pendant la nuit, les expressions sur leurs traits, les sons sortis des doigts, les corps malmenés. Ce vendredi n'est jamais mort, ailleurs il vit encore, dans ta tête pour toujours des fantômes jouent les grooves avec toi.
La horde, un peu, c'est vous.

Philosophie dans le Foutoir
(Sébi, grosse brutasse de...)
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"Qu'il laisse l'helvetica où elle est!..."