mercredi 29 juillet 2009, 22h16, AFP
PLANDRAGON (AFP) – La société Monsanti lance ce week-end sa marque de cigarettes écologiques, équitables et bonnes pour la santé • Des opposants dénoncent une publicité mensongère sur fond de greenwashing • La ville de PlanDragon se félicite des retombées économiques à venir.

La société multinationale Monsanti, spécialisée dans les biotechnologies, crée l'événement en lançant ce week-end la cigarette écologique qui, selon la société, ne nuit pas à la santé.
Pour la circonstance, l'entreprise reçoit jusqu'à lundi clients et journalistes dans les locaux de sa filiale de PlanDragon, au plus près des lieux de production et de transformation du tabac.

Production biologique, équitable, locale
"Nous ne faisons pas que lancer un nouveau produit, explique Carl Ruyder, directeur général de Monsanti France, nous opérons une véritable mutation de nos process de fabrication et de distribution". Les cigarettes sont en effet fabriquées à partir de tabac biologique, afin de garantir l'absence de résidus de pesticides dans les fumées, et de fibres recyclées pour le papier. Sans pesticides ni engrais de synthèse (notamment phosphates), le tabac ne comporte pas de polonium, élément radioactif très dangereux dont la présence est régulièrement constatée dans les cigarettes traditionnelles. Enfin, les sols de PlanDragon et d'Aiglières, où sont situées les plantations de tabac, font partie de ceux qui émettent le moins de radon en France et en Europe, gaz radioactif d'origine naturelle que la plante absorbe aisément. "Pour ces trois raisons, notre tabac est assurément meilleur pour la santé que les tabacs traditionnels", assène M. Ruyder.

Le maire de PlanDragon, Bernard Fabry (UMP), explique qu'avec ce nouveau produit, Monsanti a engagé une véritable démarche écologique et solidaire. "Les saisonniers et salariés travaillant sur ce produit, tous originaires de la communauté de communes Val du Dragon – Alpilles, sont davantage rémunérés ; ils gagnent environ 30% de plus que la moyenne des ouvriers agricoles. Et Monsanti a pour objectif d'écouler 80% du stock dans un rayon de deux cents kilomètres autour des lieux de production, en diminuant les intermédiaires afin d'offrir le meilleur prix au consommateur. La société a d'ailleurs entamé dans ce but des contacts avec plusieurs AMAP de la région pour renforcer sa visibilité."
La cible de ces cigarettes "durables" ? "Essentiellement les consommateurs d'aujourd'hui qui sont sensibles aux enjeux écologiques de demain, et qui souhaitent se faire plaisir sans culpabiliser", répond M. Ruyder. "Il suffisait d'y penser, conclut le directeur général, et nous sommes fiers d'être les premiers à proposer un tel produit."

Accusations de greenwashing
Pour le leader de l'opposition municipale, Jacky Pignon, cette nouvelle campagne masque des desseins bien moins avouables. "Il ne fait aucun doute que la cigarette Monsanti n'est qu'une habile opération de communication. Pour un coût dérisoire, comparé à ses profits colossaux à travers le monde, la société s'offre une image de société respectable, soucieuse de préserver l'environnement, la santé des citoyens et l'épanouissement de ses salariés. Pour une entreprise soupçonnée d'avoir provoqué une invasion de zombies en raison d'un insecticide très décrié, c'est un comble."
La numéro 2 de l'opposition, Eliane Sakharov (PC) – qui est l'une des dernières Planaises à avoir encore l'apparence de Scarlett Johansson – enfonce le clou : "il est extrêmement choquant que cette société surfe sur la vague écolo pour créer un produit qui va à l'encontre des efforts entrepris par les pouvoirs publics pour lutter contre le tabagisme. Fidèle à ses habitudes, Monsanti n'a mené aucune étude à long terme avant d'affirmer que ses cigarettes sont bonnes pour la santé. Pire, ces cigarettes dans l'air du temps risquent de créer des nouveaux fumeurs, attirés par le pseudo-discours vert, qui évolueront par la suite vers des cigarettes traditionnelles, moins chères. J'ose espérer que les consommateurs ne seront pas dupes."

Carl Ruyder balaie d'un hochement de tête ces accusations : "Arrêtons l'hypocrisie, on fait bien du vin bio, pourquoi il n'y aurait pas des cigarettes bio ? La demande est réelle de la part des consommateurs, nous ne faisons qu'y répondre, sans arrière-pensée. Monsanti n'est pas le diable !"

10 euros le paquet
En dépit des polémiques, l'ambiance est à la fête à PlanDragon. "Evidemment, il faut garder à l'esprit que la meilleure cigarette est celle que l'on ne fume pas", prévient Bernard Fabry. "Néanmoins je me félicite que la société Monsanti ait choisi PlanDragon et son terroir d'excellence pour produire son tabac. La petite usine de transformation, récemment construite à proximité du collège Montsauvy, contribue également au développement économique de la commune et au rayonnement de son image au-delà des Bouches-du-Rhône et de la Provence."

Pour Jean-Luc Canard, agriculteur, conseiller municipal et militant à la FNSEA, "c'est un marché de niche. A 10 euros le paquet de vingt tiges, la bonne santé sera réservée aux bobos, comme d'habitude. En tout cas, Monsanti prouve qu'on n'est pas obligé de voter une motion anti-OGM pour favoriser l'innovation chez les entreprises."


© AFP


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Crédits photos :
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(Disclaimer, once and again : le village de PlanDragon est imaginaire, et les personnes y vivant purement fictives. Toute ressemblance ou homonymie avec des personnes existantes ou ayant existé ne saurait être que fortuite.)